La posture de yoga du guerrier : Vīrabhadrāsana

    On croise Vīrabhadrāsana dans presque tous les cours de yoga, sous son nom sanskrit ou sous celui de « posture du guerrier ». On la pratique souvent comme un point de passage entre deux salutations au soleil, sans jamais s'arrêter sur ce qu'elle porte vraiment : pied avant plié, bras tendus ou levés, regard fixé quelque part devant soi. La forme est connue. L'histoire qui lui donne son nom, beaucoup moins.

    Le mot vīra signifie « héros » ou « guerrier » en sanskrit, et Vīrabhadra est le nom d'un guerrier né de la colère de Śiva, comme le rappelle le glossaire de Prāṇāyāma, les secrets du souffle. Ce n'est pas une curiosité réservée à ceux que la mythologie indienne passionne. Savoir qui est ce guerrier, et ce qu'il traverse, donne à la posture une direction plus juste que la seule recherche d'une belle ligne dans le miroir.

    Cet article ne va pas vous transformer en spécialiste des textes sacrés. Il vous propose simplement de regarder Vīrabhadrāsana I, II et III comme trois instants d'une même histoire, et d'observer ce que chacun peut vous apprendre, dans le corps, sur la façon dont vous habitez votre pratique : où vous placez votre énergie, où va votre regard, et ce que vous engagez réellement quand vous tenez la posture cinq respirations de plus que prévu.

    L'histoire qu'on raconte sur le tapis

    La légende est ancienne et circule sous plusieurs versions dans les purāṇa. Voici celle qu'on entend le plus souvent dans les cours de yoga, et qu'il est honnête de présenter comme telle : un récit transmis et reformulé au fil du temps, plutôt qu'une vérité figée dans un seul texte.

    Satī, fille de Dakṣa, avait épousé Śiva contre la volonté de son père. Dakṣa organisa un grand sacrifice rituel, un yajña, et invita tous les dieux, sauf Śiva. Satī s'y rendit malgré tout, fut humiliée devant l'assemblée entière, et, ne pouvant supporter cet outrage envers son époux, se donna la mort dans le feu du sacrifice par ses propres pouvoirs yogiques.

    Quand Śiva apprit la nouvelle, sa douleur se transforma en une fureur si grande qu'il arracha une mèche de ses cheveux et la projeta au sol. De cette mèche naquit Vīrabhadra, le guerrier le plus redoutable jamais créé. Il se rendit sur les lieux du sacrifice avec l'armée de Śiva, détruisit l'autel, vainquit les dieux venus défendre Dakṣa, et trancha la tête de ce dernier. Plus tard, le chagrin de Śiva céda la place à la compassion : il rendit Dakṣa à la vie en lui donnant une tête de bouc.

    C'est cette trajectoire, de la naissance du guerrier à l'instant où il frappe, que beaucoup d'enseignants associent aux trois postures qui portent son nom. Cette association entre les trois āsanas et les trois moments du récit n'est pas un fait textuel établi : c'est une lecture pédagogique, construite par la tradition orale du yoga moderne pour donner du sens à une séquence. Elle reste néanmoins une porte d'entrée précieuse, à condition de savoir d'où elle vient.

    Trois postures, trois instants d'une même histoire

    Gerrier 1 - Virabhadrasana - Alex Blake Yoga

    Dans cette lecture, Vīrabhadrāsana I représente le moment où Vīrabhadra surgit de terre, bras levés vers le ciel, prêt à s'élancer vers le lieu du sacrifice. C'est une posture d'élan : les hanches font face à l'avant, le buste s'ouvre et s'étire vers le haut, et l'ensemble du corps se rassemble dans une seule direction. On la retrouve par exemple dans la salutation au soleil B décrite dans Krama Yoga, où elle vient clore le cycle du « guerrier » de chaque côté, juste après les flexions et les transitions par caturaṅga daṇḍāsana.

    Guerrier 2 - Virabhadrasana - Alex Blake Yoga

    Vīrabhadrāsana II représente l'instant où le guerrier arrive sur les lieux et fait face à l'assemblée, stable, les bras ouverts en croix, le regard porté loin devant. C'est une posture de présence plus que d'action : on ne s'élance pas, on tient sa position. Maîtriser son stress en donne une description précise et utile à relire avant de la pratiquer : pied avant plié, pied arrière tourné à quarante-cinq ou quatre-vingt-dix degrés, bras tendus parallèles au sol à hauteur d'épaules, regard fixé sur le bout des doigts de la main avant, épaules détendues, jambes actives « pour créer une base solide ». On reste cinq respirations « dans ce guerrier », comme le formule le livre, avant de changer de côté.

    Gurrier 3 - Virabhadrasana - Alex Blake Yoga

    Vīrabhadrāsana III, enfin, correspond au moment où le guerrier frappe : tout le corps s'aligne en une seule ligne, de la main tendue vers l'avant jusqu'au talon du pied levé à l'arrière. C'est la posture où l'intention doit être la plus précise, parce que le corps entier devient, littéralement, une trajectoire.

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